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La liste des "trucs" que je me dis vouloir acheter mais que je n'ai pas les moyens de me payer en ce moment...
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November 12 70/2009 : Campus(Curtis Sittenfeld) Avouons-le : les gros lecteurs comme moi éprouvent une certaine satisfaction à lire un livre divertissant. Ils arrondissent aussi leur bouche en cul de poule pour dire d’un classique qu’il est “édifiant” et souligner la qualité de son écriture. Mais ce qu’ils cherchent réellement, comme tous les accrocs, c’est le prochain “fix” qui les fera planer à grande altitude, le livre qui entre en résonnance avec eux en une savant association du bon moment, du bon état d’esprit et du bon livre. Campus est sans doute mon fix de cette fin d’année. Je vois dans la maison d’édition originale (Random House) un signe, puisqu’il s’agit du même éditeur que pour John Irving avec les livres duquel Campus a de fortes similitudes dans l’alternance brutale de scènes comiques et de petits drames et dans un sens de la narration très efficace. Pourtant, Campus n’avait rien pour plaire : acheté dans ma période “tiens, voyons voir ce que font les américains”, il était dans ma pile depuis un moment et je me disais déjà que je l’avais acheté un peu trop vite. Voyons ! L’histoire d’une adolescente qui passe quatre années dans un pensionnat privé huppé alors qu’elle est boursière et issue du Middle-West, cela avait toutes les chances d’être… voyons… un roman d’adolescentes ! Et en fait, le livre se révèle d’une incroyable justesse psychologique et d’une sensibilité rare. Le récit de cette adolescente qui découvre la conformité d’un milieu bourgeois et dont la personnalité se construit au jour le jour avec ses contradictions, ses crises et ses joies est admirablement bien mené. Chaque chapitre forme une histoire complète, presque autonome, et complète une étape, d’abord temporelle (chaque trimestre a son chapitre) mais aussi initiatique… Et loin d’idéaliser l’héroïne, celle-ci révèle aussi fréquemment son côté gourde, snob, mais aussi terriblement vulnérable et surtout réelle. Car le miracle de ce roman, c’est bien de rendre crédible la pensée d’une adolescente là où cette pensée n’est souvent qu’un mystère (en particulier – paraît-il – chez les parents !) et de confronter le lecteur avec ses propres préjugés et caractères, le laissant tantôt songeur, tantôt pantois face aux scènes présentées. Tout cela dans un milieu qui nous paraît, à nous autres français, à la fois très familier grâce aux histoires ayant traversé l’Atlantique et très étranger aussi. Cette justesse de ton fait de ce livre un roman doux-amer, lumineux et sombre comme seule peut l’être la vie. 69/2009 : Sa majesté des mouches(William Golding) Il est des classiques qu’il faut avoir lu et “sa majesté des mouches” en fait d’autant plus partie que sa lecture est simple tandis que le sujet est puissant. J’ignore si Golding doit son prix Nobel à ce livre, mais il révèle une acuité dont seuls les grands écrivains font preuve. Le sujet est assez largement connu : un avion s’écrase sur une île paradisiaque avec à son bord des enfants, évacués en raison de la guerre. Seuls ces enfants ont survécu et se retrouvent désormais à devoir survivre sur cette île en attendant du secours. Bientôt, deux “chefs” vont s’imposer : Ralph, un peu distant, mais à l’allure responsable et Jack, autoritaire et décidé. Tandis que le premier devient le “chef naturel” du groupe et organise comme il le peut la vie quotidienne, le second prend rapidement un rôle militaire de chasseur. Quelques crises extérieures (la maîtrise du feu, la présence d’un monstre, le gibier à chasser) vont opposer ces deux personnalités et rendre difficile la cohabitation, mettant même en péril le sauvetage de l’ensemble de la communauté. Evidemment, le thème du roman est l’organisation du pouvoir, et j’ai envie de dire que le roman marque un incroyable pessimisme sur la nature humaine et même la démocratie. Etant pessimiste de nature, je suis même choqué de ne pas être contredit par l’auteur, et ceci jusqu’à la dernière page… C’est qu’on s’attend toujours un peu de la part d’un auteur primé à une foi en l’homme ou en l’avenir. Mais peut-être que la publication, une dizaine d’années après la seconde guerre mondiale y est pour quelque chose. Les enfants révèlent certes une attitude fantasque à laquelle on s’attend, nous, adultes, de leur part. Mais ils révèlent aussi un égoïsme et une brutalité que nous refusons souvent de voir et qui montrent qu’avant d’être un homme, on commence bête. L’auteur nous montre alors comment ces enfants en arrivent un jour à tuer. Et loin de faire passer l’incident pour un accident de parcours, l’auteur récidive, montrant l’inéluctabilité de la violence. Et quand Ralph, le sage à nos yeux, devient marginal puis pourchassé, on comprend mieux l’arrivée de certains dictateurs qui parviennent si facilement, par populisme, à diriger une foule stupide. Et on ne peut que conclure devant un tel échec qui met à mal toutes les utopies que le seul rempart qui peut nous protéger de la bestialité et de la bêtise est une éducation morale que seule la philosophie peut proposer sans trop d’arrières-pensées. A condition que tout le monde soit formé à la recevoir. Sa majesté des mouches est donc un livre intense, déprimant mais puissant, qui marque les esprits et empêche les lecteurs de tomber dans le piège de l’angélisme consistant à croire que les hommes choisissent toujours le meilleur pour eux-même. Dans toute les circonstances, l’intelligence et la sagesse doivent être entretenues : elles ne sont jamais acquises. November 09 Science et FictionDeux articles très intrigants, découverts aujourd’hui. Le premier, pointé par Roland C. Wagner sur Facebook, nous informe d’expériences semblant démontrer que l’esprit humain a une influence sur la matière, et de manière générale sur “le hasard” laisse imaginer, si ce n’est une application concrète, une possibilité d’influences incontrôlables sur le monde. C’est lisible ici : Le second est encore plus fumeux : beaucoup moins concret et disposant d’aucune expérience de validation (autrement dit, c’est une simple théorie), des scientifiques avancent que le futur pourrait intervenir dans le présent pour contrer les recherches du Boson de Higgs (celui qui est pisté par le grand accélérateur LHC) dont la mise en évidence serait tellement “impossible” (ce n’est pas le bon terme, d’où les guillemets) pour la physique que la physique se corrigerait elle-même quitte à devoir intervenir dans le passé… Moi non plus, je n’ai pas tout compris, mais c’est vraiment intéressant. L’article ci-dessous en parle, le lien interne qui pointe vers le new-york times approfondit un peu : http://sciences.blog.lemonde.fr/2009/11/08/le-lhc-loiseau-et-le-morceau-de-pain/#xtor=RSS-3208 Tout ça m’a fait réfléchir, et je vois au moins une application à ce deuxième article : il ferait un sujet magnifique pour une nouvelle de SF. Même au delà de ça, imaginons le schéma suivant : - l’univers est une expérience en milieu confiné. Cette expérience est surveillée (et forcément, le sujet de l’expérience ne peut avoir conscience de cette surveillance qui est étrangère à son milieu). - cette expérience est potentiellement dangereuse et doit donc être maîtrisée. En particulier, les sujets de l’expérience ne doivent pas pouvoir sortir du cadre de cette expérience. - l’univers contient les germes de contrôle de cette expérience : des mécanismes de sécurité qui se déclenchent afin d’empêcher une situation d’exception. Il serait logique que ces mécanismes soient “logiques” aux yeux des sujets d’expérience. Genre : passer la porte pour sortir, et c’est la porte qui justement est piégée. Si le sujet tente de sortir, il est neutralisé. - la physique contient ce piège : si la compréhension de l’univers doit mener à la sortie, il faut que cette sortie soit piégée. La physique de l’univers, telle qu’elle est implémentée dans l’expérience doit donc contenir des voies bloquées. - ce blocage se produit quand une race, une “anomalie universelle” atteint un niveau suffisant pour s’extraire de son cadre d’expérience. Pour cela, elle cherchera à explorer la nature de l’univers dans laquelle est est enfermée. - Lorsqu’elle explore les confins de la physique, les expériences menées mènent donc à sa propre destruction afin d’empêcher l’évolution vers ce qui est justement interdit dans le cadre de l’expérience. - Notez que cette destruction, qui peut prendre la forme de la création d’un singularité spatiale (cf. les craintes autour de la création d’un trou noir au niveau de l’accélérateur de particules) ont le mérite d’annihiler les parties anormales en même temps que leur environnement. Ce qui pourrait expliquer en passant pourquoi en “écoutant” l’univers, nous n’avons jamais perçu d’autre race intelligente dans l’univers : ces anomalies se détruisent d’elles-même grâce au mécanisme de protection intégré dans la physique. Belle histoire, non ? Un peu tirée par les cheveux, certes, mais la SF en a connu d’autres… Reste plus qu’à empaqueter cela dans un jdr, faire en sorte qu’une partie de l’humanité est consciente de cette destruction, voir sait comment passer à côté (explorer des voies autres que celles de la physique ?) et des joueurs qui doivent empêcher – comme toujours – que l’humanité disparaisse et – pourquoi pas – chercher à sortir de l’univers et à prendre une revanche sur les expérimentateurs. C’est presque du Kult, mais en version SF plutôt que fantastique. A moins que ce ne soit finalement pareil… October 27 68/2009 : Pyramides(Terry Pratchett) Il me semble avoir collecté plusieurs avis négatifs au sujet de ce 7ème tome du Disque-Monde auprès de mes amis. Pourtant, je trouve ce volume inventif, dépaysant, globalement plus amusant que les précédents (sauf peut-être “trois soeurcières”) et moins affecté par le syndrome habituel des Pratchett : une certaine lassitude dans le troisième tiers. Dans ce tome, nous suivons les aventures de Teppic. Teppic vient de passer avec succès son diplôme d’assassin à Ankh-Morporck, quand son père, roi-dieu du petit royaume de Jhôlimôme se suicide, persuadé un matin que le soleil ne s’est pas levé – ce qui est pourtant une des tâches essentielles de la profession de roi-dieu… Le voilà forcé d’assurer la succession, de construire une pyramide pour la dépouille de son père et de se retrouver manipulé par le grand-prêtre, garant des traditions sept fois millénaires du royaume. Mais les pyramides ont un drôle d’effet : depuis toujours, ils accumulent le temps, influent sur les dimensions (jusqu’à la quatrième) et libèrent leur énergie la nuit. Alors, quand la plus grande pyramide de tous les temps ne parvient plus à se décharger, la catastrophe menace le royaume… Bref, avec cette idée barrée inspirée de faits réels (si, si, les pyramides egyptiennes ont presque figé le pays dans son passé…), Pratchett développe sa ribambelle habituelle de gags et d’aphorismes absurdes difficiles à démonter. A titre personnel, je regrette juste que la partie “école d’assassins” ne soit pas plus développée (le concept même d’école type Harry Potter pour les assassins est en soit hilarant), mais, à part les 35 pages ennuyeuses habituelles quand le roman passe du stade “inventif” au stade “maintenant, faut aller lentement vers la conclusion”, c’est un de mes préférés pour le moment. 67/2009 : Toujours L.A.(Bruce Wagner) Durant toute la lecture de ce livre de 500 pages, je n’ai pas cessé de changer d’opinion à son sujet : d’abord sceptique en raison du “parrainage” de Easton Ellis, Ellroy et Rushdie sur la couverture et la quatrième, j’ai rapidement été intéressé par une rédaction lente, présentant trois personnages dont on suivra la vie tout au long du récit. Ces trois personnages sont respectivement une figurante espérant le grand rôle, un acteur starifié boudhiste qui espère une rédemption et une secrétaire (?) adoratrice de ce même acteur mais dont la vie n’est qu’un amas de troubles psychologiques. Les trois personnages évoluent dans le monde du spectacle, dont la description désenchantée rappelle bien en effet les meilleures pages de Brett Easton Ellis. Le roman ronronne jusqu’à la fin de la première partie, où un événement assez impressionnant relance le texte et fait penser qu’autre chose va arriver, peut-être même une intrigue à la Ellroy… sauf que les pages suivantes retombent rapidement dans cet “ennui” qui ne sera levé que vers la fin, avec une apogée merveilleuse qui rachète à elle seule le livre entier : car dans les 100 dernières pages, le livre prend de la hauteur, adopte un point de vue humaniste sur les personnages et conclut leurs histoires d’une manière qui évoque des sommets de la littérature, tandis que le lecteur comprend une bonne partie (mais pas tout, pas à la première lecture, en tous cas) des errements passés qui tendent tous vers cette conclusion. C’est que Bruce Wagner dévoile certaines de ses intentions, mais en garde d’autres pour la fine bouche. Le lecteur, abusé par ce qu’il croit être le sujet du roman regarde souvent ailleurs, ce qui permet sans doute cette fin intéressante. Reste que l’environnement décrit est d’autant plus déprimant qu’un lecteur qui suit un tant soit peu les informations sur Internet est désespérément familier des noms et des événements décrits : on voit passer tout Hollywood dans ces pages, depuis les réalisateurs à la mode jusqu’aux acteurs has-been, en passant par la faune connexe. Et quand Wagner parle de Sofia ou Darren, on a presque l’impression d’être familier avec Sofia Coppola ou Darren Aronosky, accentuant encore une immersion déjà forte en raison de la “proximité” des personnages principaux. “Toujours L.A.” est donc un roman trompeur, beaucoup plus littéraire qu’attendu, et explorant avec voyeurisme et distance les bas-fonds d’Hollywood. |
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